
Article du jeudi 29 novembre 2007
Lyon 3 ne sait pas quoi faire de 30 étudiants chinois
Ils doivent arriver en janvier à l'Institut d'administration des entreprises pour obtenir un diplôme français. Mais la convention qui boucle le programme n'est pas valide selon le président de Lyon 3
Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Les trente étudiants de la grande
université de Renmin (Pékin) tentés par le Master 2 de finance franco-chinoise
de Lyon 3 pourront méditer le proverbe français. Ces jeunes gens pensaient
suivre, dès janvier, un second semestre à Lyon. Ils visent un diplôme français,
et se sont inscrits sur la base d'une convention signée entre leur université
et l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de Lyon 3. Mais il y a un
hic : Hugues Fulchiron, nouveau président de Lyon-III depuis fin août ne valide
pas cet accord.
« Cette convention a été signée le 27 août par
Gilles Guyot, directeur de l'IAE. Mais aucune délégation n'a été donnée à
celui-ci pour le faire. Le président Lavorel (prédecesseur de Hugues Fulchiron)
me l'a confirmé par écrit » indique l'actuel président. « La convention prévoit
l'accueil de 70 autres étudiants en septembre » précise-t-il. « Elle n'est pas
légale, et elle ne dit rien de la manière de choisir les étudiants et les
enseignants chinois. C'est inadmissible car le diplôme délivré engage
l'université » explique M.Fulchiron. Gilles Guyot se serait donc engagé sans
l'aval du conseil d'administration et le problème aurait été découvert
tardivement.
Ce n'est pourtant pas la responsabilité du signataire Gilles Guyot (lui-même président de Lyon 3 entre 1997 et 2002) qui est pointée par l'actuel responsable de Lyon 3. Mais celle de l'un de ses proches, Jean-Claude Pfeffer, ex-professeur suspendu pour avoir encaissé sur son compte le chèque d'une étudiante. « Monsieur Pfeffer a porté le dossier du début jusqu'à la fin en agissant en notre nom » s'insurge le président Fulchiron qui a déjà écrit au Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) pour demander des sanctions. Fait troublant, le site Internet de l'Université chinoise présente Jean-Claude Pfeffer comme le responsable des relations internationales de Lyon 3.
Que deviennent les étudiants chinois dans ce méli-mélo ? Ceux-ci ont déjà payé très cher leur inscription. Chacun l'équivalent de 6 000 euros en Chine auxquels s'ajoutent 1 000 euros, en grande part encaissés par Lyon 3.
Les universités viennent de prendre contact pour trouver une solution.
Pour l'université lyonnaise, le problème est très embarrassant : accueillir les étudiants chinois revient à entériner une convention qui n'a pas reçu l'aval de l'administration.
Les refuser la prive d'un partenariat international prestigieux et compromet d'autres échanges : les étudiants de Renmin suivent une formation business des plus renommées au pays des mandarins.
Muriel Florin
mflorin@leprogres.fr
Gilles Guyot: «La convention n'empêche pas d'avancer»
La polémique a été soulevée par Romain L'huillier. L'élu étudiant Unef au Conseil d'administration de Lyon 3 a combattu certaines pratiques en particulier pendant les années Guyot. « On a l'impression que les mêmes personnes continuent à faire ce qu'elles veulent. Nous souhaitons une enquête sur cette affaire » indique-t-il. Selon Gilles Guyot, il n'y a pas matière à débat. « Le programme a été lancé il y a 18 mois. J'ai reçu la convention de Renmin le 29 août. Je l'ai signée le 20 septembre car l'agent comptable en avait besoin pour encaisser l'argent des étudiants ». Depuis, la convention a été retoquée par le service juridique. Là aussi, pas de problème pour le directeur de l'IAE. « Le programme tourne. J'ai déjà vu des conventions signées plusieurs mois après un démarrage Quand on fait de l'international, ce n'est pas toujours conforme à la raideur administrative française ! ». Quant au rôle exact de son ami Pfeffer ? « Je ne l'ai pas vu depuis mars » affirme l'ex-président de Lyon-III.
M.F.
Nous n'avons pas réussi à contacter M. Pfeffer. Selon ses propos parus dans Lyon Capitale qui a révélé l'affaire, il n'est pas intervenu depuis deux ans sur ce programme.
Coup d’état universitaire à Lyon-III ?