Et voici le texte de l'article:

Lyon 3: une formation pour amoindrir les chances des banlieusards

 

Les préjugés amalgamant jeunes des cités et « racailles » ne manquent pas dans ce projet.

 

«Assurer un avenir professionnel serein à des jeunes de cités non diplômés... rien de moins. Les facs de droit et de philosophie de l'université Lyon 3 prétendent détenir la potion magique!

Depuis l'ouverture, fin octobre 2006, de son « pôle universitaire de proximité » destiné à accroître l'égalité des chances dans le supérieur et la réussite des études, Lyon 3 agite au nez de quinze lycéens ayant échoué au baccalauréat général, technique ou professionnel une formation de circonstance.

Une dizaine de formateurs sont chargés de « leur donner conscience de leurs qualités. On leur dira qu'on ne réussit pas uniquement dans le sport et la chanson. On va les sensibiliser au droit, leur dire qu'il ne se réduit pas à la sanction. On commencera par leur expliquer ce que sont les valeurs de la République », confie Fabien Lafay, enseignant et co-directeur du pôle avec Bruno Coulon, membre de... l'administration pénitentiaire. Bonjour la caricature. Il n'y a peut-être pas que la sanction, mais il ya aussi la prison. Eh oui, on a tout de même à faire à des jeunes des cités. Qui a dit que l'on confond échec scolaire et « racailles » ?

Voici comment l'université entend faire de non diplômés des génies: en les sensibilisant à l'orientation et à l'information sur les métiers (c'est vrai que la tendance du moment est au recrutement sans diplôme...), en leur apprenant à organiser un emploi du temps et à se gérer soi-même (histoire d'éviter d'avoir deux rendez-vous prévus en même temps dans leur agenda de ministre), à s'exprimer avec la bonne intonation, les bons regards et les bons gestes (comme si le faciès allait remplacer le cursus universitaire)et enfin, un volet professionnel qui les aide à rédiger un CV ainsi qu'une lettre de motivation et à réussir un entretien d'embauche.

Et après? Nos jeunes de cités non diplômés pourront enfin quitter sereinement leur banlieue, sans un diplôme en poche et un rien d'expérience professionnelle, pour se livrer corps et âme aux réalités du marché de l'emploi. Ils ont appris à faire bonne impression, c'est l'essentiel.

Défense de rire : ce projet qui fleure bon l'amalgame et les préjugés a été classé parmi « les meilleures initiatives de France» et a ainsi reçu 70000 euros de la part de François Goulard, le ministre délégué à l'Enseignement supérieur et à la recherche, et Azouz Begag, l'inénarrable ministre lyonnais délégué à la Promotion de l'égalité des chances.

A moins que cette somme ne vienne aider le second volet du projet du « pôle de proximité » de Lyon 3, consacré à l'accompagnement des nouveaux étudiants dans leur parcours universitaire. Ce qui paraît un peu plus crédible.


A.
Giotage