
La Cour d'Appel de Lyon
examinait mercredi 30 janvier deux appels formés par Gilles Guyot, ancien
président de notre Université et, à ce titre, jadis grand ordonnateur de toutes
choses, et notamment du budget, entre 1997 et 2002.
Deux délits potentiels sont reprochés à Sa Sainteté: le délit de favoritisme
dans l'octroi de marchés publics et la prise illégale d'intérêt.
Retour sur une audience roborative, avec
fromage et dessert, bonne chère et mauvaise foi.
Grand train, petits fours et
libations. La prodigalité de Lyon 3 en matière de bouffetance et
autres largesses alambiquées semble étonner le tribunal. En guise
d'amuse-bouche, Gilles Guyot souhaite expliquer à la Cour le niveau élyséen des
dépenses gastronomico-spiritueuses de Lyon 3 entre 1999 et 2002. Il a donné une
« dimension planétaire », Urbi et Orbi, à Lyon 3. En bon Amphitryon, il a mis
les petits plats dans les grands pour recevoir aussi bien qu'on l'avait reçu
all over the world. Et le prévenu de conclure que lui-même y a peu goûté, qu'il
n'est pas le suppôt de Bacchus qu'on aurait pu soupçonner derrière les 1300
euros par jour ouvrable consacrés par Lyon 3 à la boustifaille, qu'il n'est pas
le dipsomane qu'on aurait pu entrevoir derrière les milliers euros de picrate.
Le président l'interrompt et met fin à cette auto-psychanalyse sous-ventrière
qui dépassait dans les grandes largeurs les termes de la prévention.
Confiteor. Quant aux règles de
passation des marchés publics en la matière, l'objet même du délit présumé, il
confesse, lui le professeur de gestion de classe mondiale comme on l'a vu mais
aussi de classe exceptionnelle, avoir méconnu le Code des marchés publics,
n'étant pas juriste. Sans compter que le passage à l'euro en 2002 aurait fait
buggé l'ordonnateur budgétaire. Tout le monde pouffe. Sans rougir, l'appelant,
toute honte bue – et pour cause - conclue même que le recteur-chancelier n'a
jamais rien trouvé à redire à ces dépenses nababéennes et que son représentant
siégeait au Conseil d'administration de Lyon 3. Voilà donc que notre
universitaire autonomiste tendance canal-historique se transforme en apologiste
préretraité de la tutelle des universités par leur Chancelier. L'argument a
failli porter mais il se trouve que le recteur en question était Alain Morvan
et qu'il n'a jamais fait mystère, dès qu'il en a eu connaissance, d'immenses
réserves – et j'euphémise ! – quant à la gestion noceuse de Lyon 3.
Absoute. Parole à
l'accusation. L'avocat général recentre le débat. M. Guyot n'est ni simplet, ni
gribouille. Il est docteur en gestion, membre du Conseil d'administration de
Lyon 3 depuis 1973, directeur de l'IAE. Tout sauf un perdreau de l'année. ,
L'avocat général stigmatise une volonté de dissimuler « des actes occultes
manifestés par le rapport de la Chambre régionale des Comptes ». Pour continuer
à traiter de gré à gré avec les prestataires de bonne chère et pour éviter
d'atteindre le seuil des marchés publics, M. Guyot « saucissonne, émiette,
émince, en coupe réglée » l'addition, histoire de dépoivrer la douloureuse,
d'évaporer la gueule de bois.
Sacrifice propitiatoire. En
guise de dessert de cette matinée rabelaisienne, une victime expiatoire : Guy
Lavorel. La solitude sur le banc des prévenus semblait peser à Gilles Guyot. A
plusieurs reprises, il insiste, jaloux : « Lavorel a eu de la chance. Lui, on
ne lui a rien dit » et son avocat d'enfoncer le clou « En réquisitionnant
l'agent comptable à 104 reprises pour des frais de bouche. M. Lavorel s'est
assis à 104 reprises sur le respect du seuil, violant la loi à 104 reprises et
pourtant il n'a pas été poursuivi ».
Une fine pour la route. Cette
matinée n'aurait pas été complète sans une conclusion pagnolesque :
- Le Président : « Quand même, Monsieur Guyot,
passer des marchés dans ces conditions ! Tout de même, on n'est pas à Marseille
! »
- Gilles Guyot : « Vous savez, Lyon, c'est Midi
moins le quart ! ».
Addition le 27 février prochain.
« Pour toi je vibre, ô, ma sœur ! »
Ascensoeur social. Gilles
guyot a signé en 2002, à l'extrême fi de sa présidence et à l'extrême début de
celle de Guy Lavorel, on ne sait plus trop, le contrat d'embauche de sa sœur.
N'ayant plus d'activité principale, Mademoiselle Geneviève Guyot ne pouvait
plus prétendre à quelques vacations. Grâce à cette glissade contractuelle, la
bien nommée pouvait encore enseigner à Lyon 3.
Hors sujet. Gilles Guyot a
fourni une défense qui, comme c'était la coutume à Lyon 3, était alambiquée. Il
confesse avoir été imprudent, ne pas être assez méfiant, trop volontariste. Il
a voulu « dépanner » Guy Lavorel qui avait refusé de signer le
contrat. Un excès de confiance en somme. Et puis il glisse, il s'épanche, il
transpire : « Et puis, dans l'Université, qu'on le veuille ou
non, comme l'a dit Madame Demichel en première instance, il y a toujours des
personnes de la même famille ». A Lyon 3, pendant longtemps, l'annuaire
des services a d'ailleurs fait office d'arbre généalogique. Pour sa défense, il
tient à rappeler que sa soeur est très très compétente et que les étudiants
n'ont pas eu à souffrir de ces enseignements. Le Président lui rétorque que ce
n'est pas le problème, la Cour d'Appel n'est pas une commission de spécialiste.
Que ladite Geneviève soit nullissime ou nobélisable, là n'est pas la question
même si tout le monde connaît la réponse. La question est de savoir pourquoi il
a, lui le frère président, signé le contrat de cadette. Face à ce fatras
d'explications confusément distillées, le Président
conclue : « M. Guyot, savez-vous ce que signifie le mot
NEPOTISME ? ». Et Guyot de répondre, penaud : « Oui, j'ai
fait du latin ».
Amerthune. Le réquisitoire est
impeccable. L'avocat général soulève un point important : le doute quant à
la publication du poste visé montre qu'il s'agissait bien d'un mode de
recrutement occulte. En définitive, les choses doivent être claires :
« S'il est fonctionnaire, un frère n'embauche pas sas sœur. Et c'est un
bienfait et un progrès pour la fonction publique. Vous ne semblez pas réaliser
que la prise illégale d'intérêt touche tous les fonctionnaires. Vous ne deviez
surtout pas signer ce contrat. C'est aussi simple, biblique, que cela ».
Les yeux baissés vers ses mocassins à gland et contemplant son magnifique
couvre-chef texan, Gilles Guyot accuse le coup. Le parquet demande la
confirmation de la peine. Retour au terminus des prétentieux.
Verdict le 27 février.